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Article de Sophie Bocard
Nanterre Infos, mars 2006
Autisme : un corps à soi
En France, l'autisme touche 1 personne sur 1000. Contrairement à ce que l'on a longtemps
pensé, cette pathologie est due à une anomalie du développement neurologique du cerveau,
et non à un dysfonctionnement de la relation mère-enfant. Le syndrome apparaît donc
dès le début de la vie, la sévérité et la forme des troubles variant d'un individu
à l'autre. De manière générale, les personnes autistes présentent des difficultés
à communiquer - la plupart ne parle pas - et à établir des interactions sociales.
Ces difficultés se traduisent par un repli sur soi, une hypersensibilité au changement,
des gestes ritualisés (balancements, jeux de mains, manipulation d'objets...) Mais
à la différence d'autres handicaps, l'autisme n’est pas figé. La personne atteinte
développe des apprentissages tout au long de sa vie. A condition d'être stimulée.
Une intervention précoce et adaptée, supposant un diagnostic lui-même précoce, permet
donc de réduire le handicap et favorise le développement de l'enfant. Autre facteur
de progrès : l'insertion scolaire et sociale, qui permet au jeune autiste de s'ouvrir
aux autres et le met en situation d'imiter le comportement des enfants valides.
C'est
pour cela que se bat l'association Sens Commun, créée en 2001 par Abla et Jean-Pierre
Leroy. Parents d'un enfant autiste, ils ont lutté pendant des années pour que leur
fils puisse intégrer une classe adaptée en milieu scolaire ordinaire et pour qu'il
puisse pratiquer des activités de loisir. Grâce à leur persévérance, ce sont aujourd'hui
six enfants qui ont intégré des clubs sportifs nanterriens.
A l'école du cirque...
Thomas a 11 ans ; chaque semaine il participe à l'école du cirque de Nanterre. Rendez-vous
est pris un mercredi d'hiver, sous le chapiteau des Arènes de Nanterre. Vacances
scolaires obligent, les élèves sont peu nombreux. Thomas, lui, est présent, le sourire
aux lèvres, naviguant librement dans cet univers aux formes géométriques et aux couleurs
chatoyantes. Un monde en soi, souligne Michel Nowac, directeur de l'école, qui rappelle
que l'un des grands principes du cirque est d'accueillir tout le monde, quelle que
soit sa condition. Thierry est là, lui aussi, fidèle au poste. Étudiant en 3ème année
de STAPS, option Activités Physiques Adaptées, il accompagne Thomas dans sa découverte
des techniques du cirque : un enfant comme Thomas, explique Thierry, n'est pas en
mesure de dépasser seul les limites de son corps. Un corps dont il a par ailleurs
peu conscience. Il faut donc lui proposer des exercices qui lui font plaisir - comme
le fait de marcher sur un câble, par exemple - pour l'amener peu à peu à découvrir
de nouvelles sensations.
Quelques jours plus tard, Thierry retrouve Hadrien, le fils
d'Abla et Jean-Pierre Leroy, au vélodrome d'Auteuil. Le casque vissé sur la tête,
la tenue qui va bien et le vélo entre les jambes, le garçon s'élance pour un tour
d'échauffement. Jean-François Sainturat, président de la section cyclisme à l'Entente
Sportive de Nanterre (ESN), témoigne : jamais il ne me serait venu à l'idée de refuser
d'aider cet enfant ! D'autant que Thierry est là pour l'aider. De l'aide, Hadrien
en a besoin pour parfaire sa maîtrise de l'engin. Car si l'équilibre ne lui pose
aucun problème, il rencontre des difficultés dès qu'il s'agit de cumuler les opérations
: changer de posture, de cadence et changer les vitesses. Hadrien rencontre des difficultés
semblables à l'école,précise Abla. C'est pour lui très compliqué d'enchaîner plusieurs
consignes. Nous pensons que la pratique du cyclisme peut lui permettre de progresser
dans ce domaine. Au mois d'octobre 2005, peu de temps après son entrée à l'ESN, Hadrien
a participé à sa première course sur route dans les rues de Nanterre.
...comme sur un terrain de rugby
Autre sport, collectif celui-ci : le rugby. Fayçal, un jeune garçon de 10 ans, a
intégré l'école rugbystique de l'ESN, section poussins, au mois d'octobre dernier.
Atteint d'autisme profond, il ne parle pas. Pour Michaël, éducateur sportif à l'ESN,
l'objectif est d'intégrer le plus possible Fayçal au groupe, tout en lui évitant
les contacts physiques trop brutaux. Au début, poursuit Michaël, Fayçal se laissait
rapidement distraire. Il allait et venait sur le terrain. Aujourd'hui, il est capable
de rester avec le groupe au moins une demi-heure, parfois une heure. Ce qui représente,
pour le jeune autiste, un progrès considérable. L'intérêt qu'il porte au ballon devrait
lui permettre de prendre peu à peu part au jeu collectif, avec l'aide de son accompagnateur.
Les enfants n'ont eu aucun mal à accepter la différence de Fayçal, souligne Jean-Claude
Faure, secrétaire du club. Il fait maintenant partie de la grande famille du rugby.
L'intégration
de Thomas, Hadrien,Fayçal est une victoire pour l'association Sens Commun. Comme
pour tous ceux qui se battent pour que les enfants autistes aient droit de cité.

Thomas à l’école du cirque
Fayçal à l’école de rugby
La première course
d’Hadrien