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Dans quelles conditions faire du sport ?

Pourquoi un accompagnement individuel ?
L'enfant autiste, qui a du mal à distinguer les individus qui l'entourent et qui, par ailleurs, supporte mal les changements, a besoin de se référer à une seule personne à la fois lors de ses apprentissages, car il lui est impossible de mémoriser en même temps les visages des moniteurs et les tâches à accomplir. La personne référentielle doit impérativement posséder certaines compétences (connaissances à la fois sportives et du handicap) et être très motivée afin de ne pas se décourager au premier échec. C'est pourquoi Sens Commun fait appel à des étudiants en sports adaptés (STAPS) ou en psychologie, auxquels on propose des stages pratiques indemnisés, plutôt qu'à des bénévoles.
La tâche première de l'étudiant, et la plus difficile, sera de développer l'attention conjointe de l'enfant (c'est-à-dire que lui-même et l'enfant regardent la même chose) en lui désignant sans relâche le professeur de sport et les autres élèves, tout en imitant leurs gestes. Le référent ne pourra pratiquement jamais obtenir l'attention conjointe simultanée de plusieurs enfants autistes, sauf si ceux-ci possèdent déjà le sens de l'imitation et sont plus ou moins autonomes ; d'où la nécessité absolue d'instaurer un accompagnement individuel.

Lorsque l'attention est enfin obtenue et que l'enfant est familiarisé avec les lieux, les personnes et l'activité elle-même, l'étudiant référent devra diriger de front deux apprentissages : les discriminations (bras, jambes, tête, etc., ainsi que ballon, cerceau, raquette, etc.) en s'aidant de pictogrammes lorsque l'enfant est non-verbal, et l'imitation des autres enfants. Le référent devra proposer au jeune autiste des actions simples au départ, puis de plus en plus complexes à mesure que son élève progresse.

Ce qu'il ne faut pas faire !
Eviter les situations d'échec en brûlant les étapes : lorsqu'une tâche est visiblement trop difficile pour l'enfant, il faut lui en proposer une plus accessible et manifester beaucoup d'enthousiasme quand il réussit (félicitations, applaudissements) afin de le valoriser.
Ne pas attendre des résultats équivalents à ceux des enfants valides mais plutôt encourager le jeune autiste à entrer dans l'interaction sociale car, même s'il est à côté de ses camarades, il ne saura pas communiquer avec eux. L'objectif n'est pas d'obtenir des performances sportives mais d'amener l'enfant à communiquer ! C'est pourquoi l'étudiant référent ne doit pas rester isolé mais solliciter l'implication de l'entourage, en invitant les autres enfants à être, de temps en temps, les tuteurs du jeune autiste.
Ne pas rompre la régularité des entraînements : l'activité doit être pratiquée tout au long de l'année scolaire, voire se poursuivre sur 2 ou 3 années, jusqu'à ce que l'enfant ait consolidé tous ses acquis car, comme l'a fait observer une auditrice, les personnes autiste sont besoin d'apprendre par coeur tout ce qui pour nous, non-autistes, est facile d'accès.
Ne pas laisser s'installer des rituels qui favorisent le repli sur soi et les comportements autistiques. Les personnes autistes ont tendance à ritualiser les activités quotidiennes pour faire barrage aux changements qu'ils redoutent. C'est pourquoi il est recommandé de changer de discipline sportive dès que l'enfant a acquis suffisamment d'aisance et que ses gestes deviennent automatiques.
Ne pas dissocier les entraînements sportifs des autres apprentissages : une autre auditrice a mis en lumière le fait que l'éducation de l'enfant autiste doit être globale, c'est-à-dire, décloisonner les disciplines, faute de quoi aucun progrès réel et durable n'est possible.

L'idéal, bien sûr, serait que l'enfant puisse utiliser les compétences acquises en sport dans d'autres domaines de la vie. C'est pourquoi nous insistons auprès des parents dont l'enfant est mutique ou atonique, ou qui craint le bruit et la foule, pour qu'ils utilisent des pictogrammes, qu'ils emmènent leur enfant jouer dans les parcs ou dans les piscines qui accueillent le grand public et qu'ils le mettent en mesure d'appliquer et de consolider ses nouvelles connaissances en leur donnant du sens.

A long terme, lorsque les pratiques sportives commencent dès le plus jeune âge, l'enfant, puis l'adolescent, et enfin, l'adulte autiste aura acquis une habitude très saine : celle de faire du sport pour améliorer sa qualité de vie. Quant au rôle de Sens Commun, il consiste simplement à mettre l'enfant et sa famille sur les rails et à les voir poursuivre leur route sportive une fois l'autonomie du jeune autiste acquise

Enfants autistes à l'école de rugby de Nanterre.

Lorsqu'il s'agit d'un sport de loisir, les meilleures conditions pour l'enfant autiste sont de le pratiquer en intégration accompagnée.

Pourquoi en intégration ?
Pour susciter ou consolider son sens de l'imitation. L'aptitude à observer puis imiter autrui apparaît et se développe très vite chez les enfants non-autistes. Le très jeune enfant autiste ne possède pas cette compétence puisque celle-ci relève, par nature, des interactions sociales (n'oublions pas que c'est l'un des grands déficits des personnes autistes).
La première chose qu'apprend un enfant autiste est de coordonner ses compétences visuelles avec les aptitudes motrices qu'il maîtrise déjà. Par exemple : il aperçoit et convoite un objet hors de sa portée ; plutôt que de tendre sa propre main pour le saisir, il utilisera la main d'autrui (généralement sa mère ou son père) comme instrument de préhension car il sait déjà, pour l'avoir observé et mémorisé, que la main parentale peut attraper les objets éloignés. Il ignore qu'il pourrait obtenir le même résultat en reproduisant simplement le geste de ses parents.
En immergeant le jeune autiste dans un groupe d'enfants valides, il pourra progressivement découvrir les autres et s'y intéresser parce qu'il sera dans une activité agréable. A la longue, il finira, avec une aide efficace, par imiter ses camarades.

école de rugby