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schramm

L'éveil par le rugby

Il ferait un bon pilier, sourit Jean-Pierre, son père. Hadrien, sept ans, est effectivement un solide gaillard, mais hadrien est un enfant autiste. Différent, forcément. Avec tout ce que cela comporte comme obstacles dans la vie de tous les jours. Pour lui comme pour son entourage, dans une société qui n'en finit plus de fermer les yeux sur ces enfants qui ne viennent pourtant pas d'une autre planète.
Il y a encore deux ans, il ne supportait pas le contact physique. Un des symptômes de l'autisme. Même pas un baiser de sa mère. Mais Hadrien, malgré son handicap, avait une véritable chance. Celle de fréquenter normalement l'école maternelle Pablo-Neruda de Nanterre où un instituteur, passionné de ballon ovale, avait fait de l'activité rugby un outil de socialisation et de développement pour tous les enfants. Une initiation au rugby adaptée à ses très jeunes élèves.

A priori, le profil d'Hadrien, complètement enfermé dans sa bulle, lui barrait l'accès à ce type d'activité. Mais Jean-François Véronin-Masset accepta le défi proposé par ses parents. Et Hadrien prit ainsi la direction du parc de Nanterre pendant deux ans.
Le résultat a dépassé toutes nos espérances, dit aujourd'hui Abla, sa mère. Pour beaucoup de médecins, un autiste est incapable de pratiquer un sport collectif. Notre expérience a prouvé le contraire, le rugby a fait voler en éclat son enfermement.. La première année a été très difficile, Hadrien s'est retrouvé en situation d'échec. Il hurlait, se bouchait les oreilles, se roulait par terre. Puis, peu à peu, à force de patience, il a commencé à accepter le contact, avec les partenaires comme avec les adversaires. Et puis, un jour, il a accepté un bisou, et puis un jour il s'est mis à parler. Le premier baiser sera pour sa mère, les premiers mots pour son éducateur. Hadrien était heureux, il prenait du plaisir à jouer au rugby. Et ce plaisir faisait tomber naturellement ses barrières autistiques .Pas guéri. On ne guérit jamais quand on est autiste. On apprend progressivement à trouver sa place parmi les autres, à comprendre et se faire comprendre, voire, dans le meilleurs des cas, à devenir autonome. Plus que n'importe quel autre sport, notamment les sports individuels qui ont tendance finalement à cantonner l'autiste dans son isolement, le rugby porte en lui tout ce qui peut aider ce type d'enfants à évoluer positivement. Le rugby peut être un vecteur de développement, de socialisation et d'intégration pour les enfants autistes.

Invité au Stade de France.

De la même façon, ce fut une expérience très positive pour les autres enfants qui ont appris à accepter la différence d'Hadrien. Un vrai défi de société : accepter aujourd'hui la différence d'un autiste à l'école ou à travers le sport, c'est l'accepter plus tard à l'âge adulte. Malheureusement pour Hadrien, l'expérience s'est arrêtée au début de l'année scolaire. En intégrant une classe d'intégration scolaire (CLIS), à Meudon, il a quitté l'école de Nanterre et n'a pu poursuivre l'aventure du rugby. Et Hadrien a commencé à régresser, regrettent ses parents. C'est pourquoi aujourd'hui nous avons décidé de nous battre pour que le sport, surtout les sports collectifs et le rugby en particulier, s'ouvre à ce genre d'enfants. Les clubs n'acceptent pas les autistes car ils ne se sentent pas préparés pour cela.
Grâce à un groupe d'étudiants en communication qui ont pris en main le projet, les parents d'Hadrien, via leur association Sens Commun, et APPEDIA, une association qui crée et gère des classes d'intégration en milieu scolaire et développe des activités sportives le mercredi, ont donc approché la Fédération Française de Rugby (FFR) pour sensibiliser le monde du rugby à la cause des enfants autistes.
Six d'entre eux ont ainsi été invités au Stade de France par la FFR le 2 février dernier pour le match entre le Quinze de France et l'Italie, dans le cadre d'une opération soutenue par Jack Lang, le ministre de l'Education. Une façon de démontrer qu'ils ont leur place parmi nous et que le sport peut-être source de bonheur et donc de développement. Tout sourire, Hadrien a fait la ola comme tout le monde puis il a rencontré deux joueurs internationaux, Thomas Lombard et Thomas Lièvremont, venus à la rencontre de ces enfants autistes. Difficle de savoir s'ils étaient contents de nous voir, si nos visages ou nos noms voulaient dire quelque chose pour eux. En tout cas, on sentait vraiment qu'ils étaient heureux d'être là, précise Thomas Lombard. L'essentiel en somme.

Article de Julien Schramm
L'Equipe, 13 février 2002

A la suite de cet article, J. Schramm, journaliste à L'Equipe et père d'un garçon autiste, a lancé l'opération Un club, un autiste à travers toute la France et a créé l'association portant le même nom. Voir : http://perso.orange.fr/1club.1autiste/

Hadrien, autiste, joue au rugby avec son père dans le parc de Nanterre.

Hadrien joue au rugby

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